Retour de la cérémonie d’Imbolc du 6 février
Lors des cérémonies, des expériences profondes et fortes sont souvent vécues.
Mais il est important de prendre conscience que le temps d’intégration ne se limite pas au cercle de parole du lendemain matin. Le temps d’intégration peut prendre des mois, voire des années, pour une seule cérémonie.
Il faut faire attention à nos égos qui pensent avoir tout intégré immédiatement après une cérémonie ou une compréhension. L’intégration est profonde et prend bien plus de temps que ce que l’on peut imaginer.
Il est important d’expérimenter et de laisser ce flux nous traverser, nous habiter. Et bien souvent, l’intégration se manifeste le jour où je n’y pense plus.
Si j’y pense encore, c’est que ce n’est pas totalement intégré. Puis un jour, je peux me retourner et réaliser qu’hier je fonctionnais d’une certaine manière et qu’aujourd’hui c’est différent. Là, quelque chose s’est transformé. Là, j’ai compris.
Lorsqu’on travaille un sujet, il faut garder à l’esprit que durant une cérémonie, nous touchons seulement un aspect de la problématique ou de l’intention posée. L’humain n’est pas différent d’un oignon. On enlève des couches les unes après les autres. La couche extérieure n’est pas toujours jolie, alors on l’enlève et dessous apparaît une belle peau claire. Mais avec le temps, cette peau peut brunir à nouveau, et nous sommes amenés à retravailler cette couche.
Pour un même sujet, nous pouvons y consacrer beaucoup de temps, beaucoup de cérémonies, simplement parce qu’à chaque cérémonie avec la même intention, nous allons un peu plus loin. Certaines intentions demandent moins de temps, mais dans l’ensemble, nous avons une vie entière pour travailler nos sujets.
Il est utopique de croire qu’un sujet peut être clos en une seule cérémonie. L’expérience montre que ce n’est pas ainsi. Le véritable travail commence le lendemain de la cérémonie.
Durant la cérémonie, nous pouvons toucher de très belles choses. Mais l’essentiel est de savoir comment les ramener dans la matière, comment les incarner dans la vie quotidienne. Comment vibrer ce que nous avons touché dans nos gestes de tous les jours ?
Comment rester connecté à cette énergie dans notre travail, dans les embouteillages, face à quelqu’un qui semble agressif ?
Comment garder notre alignement ?
Tout ce travail nous permet de gagner en confiance. Et lorsque nous gagnons en confiance, nous gagnons en stabilité. Plus nous sommes stables, plus nous pouvons recevoir ce qui vient de l’extérieur sans être ballotés.
Lorsque nous sommes ballotés, la vie nous montre un aspect de nous qui n’est pas encore stabilisé. Plutôt que de le rejeter, il serait juste de remercier la vie pour ce qu’elle nous montre, car c’est à partir de là que le travail peut continuer.
La vie n’est pas là pour nous voir échouer ou souffrir. La souffrance, bien souvent, nous nous l’infligeons nous-mêmes. Dans tous les espaces de vie dans lesquels nous évoluons, nous faisons des choix. Il n’existe pas de mauvais choix. Il existe des choix alignés avec notre être et d’autres faits depuis le mental.
Un choix fait par le mental peut nous amener à travailler davantage, parfois à travers la difficulté ou la souffrance. Et c’est à travers ce travail que nous comprenons progressivement les enjeux.
Nous sommes constitués de multiples facettes. Bien souvent, ce que nous montrons à l’extérieur n’est pas ce que nous sommes à l’intérieur. Nous avons été façonnés par notre environnement, notre famille, nos expériences. Nous nous conformons pour trouver une forme de paix, mais cette paix reste souvent superficielle.
Si je me connecte profondément à moi-même, je peux sentir que je ne suis pas en paix intérieurement. Le but de ce chemin est de venir déposer progressivement cet état de paix en soi.
Lors de la cérémonie d’hier soir, j’ai ressenti beaucoup de tristesse, et cela m’a profondément touché. Une tristesse liée à certaines croyances erronées dans lesquelles nous pouvons nous complaire, parce qu’elles nous paraissent confortables.
Parfois, nous vivons dans une forme de médiocrité existentielle que nous finissons par accepter. Le chemin spirituel nous invite à sortir de cet état, à reconnaître qu’il ne nous suffit plus, et à entrer dans l’action pour changer notre ligne de temps intérieure.
Cela ne signifie pas révolutionner entièrement sa vie, mais réajuster constamment. Ne plus se dire : « C’est comme ça, je fais avec. »
Aujourd’hui, nous entrons dans un temps où nous ne pouvons plus remettre à plus tard ces transformations. Nos âmes poussent vers le changement. Il nous appartient de leur donner le mouvement nécessaire.
Comment me mets-je en route pour faire évoluer mon état d’être ?
En Occident, le mental prend souvent toute la place et veut tout diriger. Mais l’essentiel se trouve dans le cœur, dans la présence à l’instant.
Quelle que soit la tâche à accomplir, je peux nourrir la joie de la faire. Les contraintes font partie de la vie, mais elles deviennent contraintes parce que le mental les interprète ainsi. Si je change mon regard, l’énergie que je déploie devient différente. Une tâche qui me semblait lourde peut devenir nourrissante.
Il s’agit de changer notre regard sur les événements. Tout ce que la vie nous offre est juste pour nous, même si ce n’est pas ce que nous avions prévu. Notre responsabilité est dans la manière dont nous accueillons et traversons ces expériences, depuis le cœur et non depuis le mental.
L’énergie d’Imbolc, ce début de printemps, nous invite à sortir, à écouter la nature qui s’éveille. Les oiseaux chantent, les arbres se préparent à porter de nouvelles feuilles. Chaque année, elles renaissent différentes, et la nature se réjouit de ce renouveau.
Comment, nous aussi, pouvons-nous être joyeux d’apporter notre nouvelle vibration ?
À nous-mêmes, à nos proches, à notre environnement.
Comment arrêter de gaspiller notre énergie dans des préoccupations futiles et nourrir plutôt le lien, la beauté et l’harmonie ?
Je vous remercie pour la confiance que vous nous accordez, ainsi que pour la confiance offerte au Grand Esprit. Cette confiance se nourrit chaque jour, à chaque instant.
Merci à Violaine et Bernard pour les chants et leur présence.
Nous pouvons être enracinés dans une tradition, mais le mariage des traditions nous permet d’ouvrir nos horizons, d’apprendre les uns des autres. Au-delà des formes, nous parlons le même langage : celui du cœur, de l’amour, de la sororité, de la fraternité et de la solidarité.
Lorsque nous sommes forts, nous pouvons tendre la main à ceux qui en ont besoin, car nous avons tous reçu de l’aide à un moment donné. Ce mouvement crée une grande chaîne d’entraide ouverte, au-delà des différences religieuses, philosophiques ou culturelles.
Nous sommes des êtres de lien, et ce lien se vit au niveau du cœur.
Je vous invite, dans chaque instant de votre vie, même dans les tensions familiales ou professionnelles, à vous demander : comment puis-je me donner la main à moi-même pour ensuite la tendre aux autres ?
Ne pas juger. Et lorsque quelque chose nous touche ou nous blesse, se demander ce qui se joue en nous, et cultiver la gratitude pour ce miroir qui nous est offert.
Tout cela dans la joie, car nous sommes ici pour célébrer. Nos âmes ont choisi de vivre des expériences sur Terre, mais avant tout pour apprendre à célébrer, quoi qu’il arrive.
AWEN